À l’Etablissement d'Accueil Non Médicalise EANM La Saulaie, le projet RICTUS, porté par Gilles LEGOFF et Samuel BEIS, invite à déplacer le regard porté sur le handicap. Dans cet article, Guillaume ALBERTI, accompagnant éducatif et social, propose une réflexion sur les normes, les étiquettes et la place de l’accompagnement dans la rencontre avec l’autre.
Handicap et normes sociales : interroger le regard porté sur l’autre
"Normal, anormal, handicap, valide, neurotypique, neuroatypique…" Beaucoup de mots n’est-ce pas ? Ils n’ont qu’un seul but, parler d’humains…
Notre espèce aime les étiquettes, les cases, nous aimons la bonté, la tolérance et l’inclusion encore plus lorsqu’elles nous permettent de nous ranger dans le camp du bien et de nous complaire dans l’autosatisfaction.
"L’habit ne fait pas le moine", dit-on, mais combien de fois jugeons-nous une personne en un instant, simplement par son apparence ou ce que nous percevons d’elle ?
Au-delà de l’opposition entre "normal" et "handicapé", se cache tout un tas de règles tacites et de normes sociales qui dictent l’acceptable. Si quelqu’un dont le comportement ou l’allure n’est pas dans ces normes, notre inconfort crée la méfiance. Et pourtant cet inconfort n’est-il pas seulement la personnification de nos peurs secrètes de la dépendance et de l’inconnu ?
Désormais notre société est gouvernée par un tyran de 6 lettres, "normal", un mot normal et pourtant il ne désigne plus ce qui est commun seulement ce qui est conforme, ce qui est attendu et nous rassure. Pourquoi ? Parce que le handicap mental est devenu un reflet dérangeant, pas parce qu’il nous montre une faiblesse de la chair, mais parce qu’il pointe du doigt la fragilité de la norme et la superficialité du jugement.

Accompagner à La Saulaie : accueillir sans réduire à une étiquette
C’est là que le métier d’accompagnant trouve son essence. Faisons-nous vraiment de l’accompagnement ? Au-delà d’un simple terme, il paraît plus juste de dire que nous accueillons. La théorie dira qu’il faut accepter l’autre ou le « mettre à l’aise », pourtant faire ce métier c’est remettre en question notre façon de juger et d’étiqueter, de ne plaindre ni ne surprotéger la vulnérabilité mais plutôt de voir la personne comme un individu à part entière, avec ses forces, ses désirs et ses propres façons d’exister.
C’est dans cette absence de jugement, l’effacement de la norme, que se joue l’accompagnement.

Le projet RICTUS : photographie, grimaces et expression de soi
C’est certainement de tout cela qu’est né le projet RICTUS de Gilles LEGOFF et Samuel BEIS avec des buts très simples : brouiller les normes, supprimer les rôles, effacer l’apparence… ainsi un instant devient une éternité grâce à la photographie. Désormais il n’y a plus que des visages, des regards et des grimaces.
Mais qui de mieux placé que les créateurs pour nous expliquer la volonté et la motivation derrière cette création :
« Avec RICTUS, notre envie est de créer un espace où chacun puisse s’exprimer autrement, par le visage, par le jeu, par la spontanéité. Ce projet photo et vidéo nous permet de montrer que derrière chaque expression, chaque grimace, il y a une personnalité singulière et une identité à part entière.
Ce qui nous motive, c’est de dépasser les regards convenus sur le handicap pour inviter à une rencontre plus juste, plus simple et plus authentique. Avec RICTUS, le rire, le lâcher-prise et la créativité deviennent des leviers puissants pour changer notre façon de voir l’autre.
Mais au-delà du résultat artistique, RICTUS est aussi une expérience partagée : pour les participants, c’est un moment de découverte de soi, de confiance retrouvée et de plaisir collectif ; pour les spectateurs, c’est la possibilité de ressentir autrement et de se laisser surprendre par la richesse de ces visages et de ces témoignages.
Chez BONS-PLANS, notre engagement est de donner de la visibilité aux initiatives humaines et sociales qui transforment la société. Nous croyons que l’audiovisuel peut être un outil de sensibilisation, d’inspiration et de lien. RICTUS s’inscrit pleinement dans cette démarche : en rassemblant personnes en situation de handicap et professionnels autour d’un même projet artistique, nous faisons émerger un regard neuf, libéré des préjugés, et porteur de respect et d’égalité. "
Gilles LEGOFF et Samuel BEIS, Photographe et Réalisateur 
Un regard renouvelé sur l’inclusion et la rencontre
Et alors face à ces photos, une question surgit, simple et troublante :
Qui accompagne qui ?
Ce projet n’est pas une provocation, mais une invitation : à regarder autrement, à savoir que nous ne savons rien, à accepter que l’humain ne se définit pas par des étiquettes mais se découvre au jour le jour. Peut-être est-ce cela, le sens de l’inclusion ?
Témoignage d’une résidente participante Isabelle T
C’était bien, au début j’étais timide, je savais pas quoi faire comme grimace. Normalement c’est pas bien de faire des grimaces mais là on a le droit. L’interview c’était pas évident à répondre.
Guillaume ALBERTI, Accompagnant Éducatif et Social