La MECS Galilée est une Maison d’Enfants à Caractère Social, elle accueille et accompagne des jeunes dans le cadre de la protection de l’enfance, lorsque leur situation familiale nécessite un cadre protecteur. Dans le dossier Parentalité, Karine de Faveri, directrice, propose quatre situations illustrant la manière dont l’équipe éducative prend en compte les parents, l’histoire familiale et les liens affectifs dans l’accompagnement des jeunes accueillis.
Au Galilée, une attention à la parentalité sous toutes ses formes.
Accompagner un adolescent ne peut se concevoir sans porter attention à ses parents, à son histoire familiale et à la place que chacun occupe dans un système souvent fragilisé. La parentalité n’est pas seulement une réalité juridique ou biologique : c’est un lien affectif, symbolique, souvent complexe, qui continue d’exister malgré le placement.

À travers quatre situations, cet article illustre comment l’équipe éducative travaille auprès des parents pour soutenir, restaurer ou maintenir ce lien essentiel, tout en assurant la protection et le développement du jeune accueilli.
Comprendre le jeune accueilli en rencontrant son parent
Le premier exemple met en lumière les rencontres entre l’équipe éducative et la mère de Marie accueillie au Galilée. Les relations entre Marie et sa famille étaient marquées par des non-dits, des tensions et des ruptures successives. Témoin et victime des violences intra familiales, Marie exprimait son inquiétude pour sa mère et ses frères et sœurs restés au domicile familial auprès d’un beau-père violent. L’adolescente se présentait comme en colère, en opposition permanente, se mettant en échec scolairement sans que ses comportements ne trouvent d’explication claire dans le quotidien. Marie ne parvenait pas à mettre à profit son accueil au Galilée, aux prises avec la culpabilité d’être protégée et de savoir ses proches vivant dans un contexte délétère.
La rencontre avec la mère a permis de comprendre l’histoire familiale faite de ruptures, de déménagements successifs, de violences conjugales, et une mère elle-même fragilisée par des événements personnels. Cette rencontre a également permis à cette mère de mettre des mots sur ses choix de vie et de verbaliser son approbation envers la mesure de protection pour sa fille.
Cette rencontre, loin de se limiter à un simple partage d’informations, a permis à l’équipe d’ajuster son regard : le comportement de Marie n’était plus uniquement perçu comme de l’opposition, mais comme l’expression d’une histoire complexe et traumatique. En prenant mieux en compte les enjeux familiaux, l’équipe a pu adopter une posture plus contenante, plus empathique, et proposer un accompagnement ciblé sur la restauration de liens sécurisants.
Ce premier exemple rappelle combien le partenariat avec les parents est essentiel pour comprendre, adapter et renforcer l’accompagnement éducatif.
Soutenir une jeune mère dont l’enfant est placé
La seconde situation concerne une jeune mère de 18 ans accueillie au Galilée, dont l’enfant a été placé vers l’âge de 2 ans. La séparation a été vécue avec beaucoup de culpabilité, comme une mise en
échec de sa légitimité maternelle.
L’enjeu de l’accompagnement fut de lui offrir un espace où Myriam pouvait à la fois mener à bien ses projets de jeune femme (projet professionnel et scolaire) et maintenir sa place de mère en lui permettant d’exercer ses droits de visites et d’hébergement pendant les week-ends et les vacances scolaires.
L’équipe éducative en partenariat avec l’Aide Sociale à l’Enfance et l’établissement gardien de l’enfant a travaillé avec elle sur plusieurs axes :
- Préparer les visites : l’aider à vivre ces moments avec moins d’appréhension, en préparant le studio en fonction des besoins de son enfant.
- Travailler sur son histoire familiale : accompagner la jeune femme dans une démarche réflexive sur son histoire personnelle pour comprendre ce qui avait conduit au placement.
- Se projeter dans un futur parental sécurisé : accompagner la sortie du Galilée tout en sécurisant les conditions futures d’accueil de l’enfant.
En offrant cet espace sécurisant, le Galilée a soutenu, consolidé et reconnu Myriam dans sa parentalité. Retrouvant progressivement confiance en elle, Myriam a pu maintenir un lien stable avec son enfant et s’inscrire dans une démarche constructive avec les services de la protection de l’enfance et le lieu d’accueil de son enfant.
Accompagner un père mineur placé grâce au travail en réseau
La troisième situation met en lumière l’accompagnement au Galilée de Jimmy, mineur et père d’un nourrisson. Son enfant vivait avec sa compagne (elle-même hébergée en centre maternel et mineure).
Les enjeux étaient multiples :
- Soutenir un adolescent dans son rôle de père,
- Préserver le lien avec l’enfant et sa compagne,
- Garantir la cohérence entre les différents acteurs de la protection de l’enfance.
Le travail partenarial a été central. L’équipe a collaboré étroitement avec :
- Le centre maternel, pour coordonner les temps de présence du jeune père auprès de l’enfant, favoriser les rencontres avec la mère et l’enfant, et harmoniser les postures éducatives des parents.
- l’ASE, pour assurer la cohérence des décisions et des projets de l’enfant et de ses parents.
Cet accompagnement a permis à Jimmy de mieux comprendre les attentes liées à sa fonction parentale, d’apprendre à organiser ses temps de vie entre sa scolarité, ses obligations au Galilée et sa présence auprès de son enfant.
Il a également permis de lui offrir un espace où il pouvait exprimer ses peurs, ses doutes et ses besoins. Un étayage autour de la communication dans le couple a été nécessaire.
La parentalité est alors devenue un levier de responsabilisation et de maturation pour cet adolescent.
Préparer la parentalité d’une jeune femme enceinte

La dernière situation concerne Adèle accueillie au Galilée qui a exprimé le désir d’assumer sa grossesse et d’élever son futur enfant. Une telle décision a engagé l’équipe dans un accompagnement tout en finesse, mêlant soutien et préparation concrète à ses futures responsabilités de parents.
L’accompagnement a porté sur :
- L’information et la sensibilisation : expliquer les exigences, les responsabilités, les droits et les devoirs liés à la parentalité.
- Le travail psychique autour de la maternité : comprendre ce que représente pour elle le fait d’être mère, ses propres modèles parentaux, ses attentes et ses peurs.
- La coordination avec les professionnels de santé et les travailleurs sociaux, pour garantir un suivi global et adapté à cette nouvelle situation.
- La préparation du projet de vie : préparer un projet de sortie du Galilée vers une orientation (en centre maternel ou parental) adaptée pour Adèle et son futur enfant.
L’objectif étant d’aider cette jeune femme à se préparer de manière lucide et sécurisée à ses nouvelles responsabilités, tout en respectant son désir de parentalité.
La parentalité comme fil rouge de l’accompagnement en MECS
Ces quatre situations illustrent la diversité des formes que peut prendre la parentalité au sein d’une MECS :

- Parent en souffrance,
- Parent à distance,
- Parent mineur,
- Parent en devenir.
Dans chaque cas, la parentalité n’est jamais laissée de côté. Elle est accompagnée et soutenue.
Accompagner un adolescent, c’est aussi accompagner ses parents:
- Parce que comprendre l’un permet de mieux protéger l’autre,
- Parce que renouer le dialogue familial peut devenir un levier d’apaisement,
- Parce que la parentalité, même fragile, reste un repère structurant pour un adolescent ou un jeune adulte.
En soutenant ces histoires de vie, la MECS le Galilée remplit pleinement ses missions : de protéger, d’accompagner et de préparer l’avenir, tout en reconnaissant la place fondamentale des parents dans le développement de leur enfant.
Karine de FAVERI Directrice