Dans le cadre du dossier consacré à la parentalité, Claire CHOPELIN (Cheffe de service) propose un éclairage sur l’Assistance Éducative en Milieu Ouvert (AEMO), mesure ordonnée par un juge des enfants lorsque la situation d’un mineur est préoccupante. Ce texte revient sur la réalité vécue par les familles, la posture éducative en contexte contraint et les questionnements éthiques rencontrés dans la pratique.
L’accompagnement à la parentalité sous contrainte
L’Assistance Éducative en Milieu Ouvert (AEMO) est une mesure ordonnée par un juge des enfants (JE) lorsque la santé, la sécurité ou l’éducation d’un mineur sont en danger.
Si elle n’a rien d’une sanction, son objectif étant d’aider les parents à préserver les besoins fondamentaux de leurs enfants, elle est pourtant souvent vécue par les familles comme une contrainte multiforme:
- Institutionnelle (obligation d’accepter l’accompagnement),
- Symbolique (regard extérieur sur la parentalité)
- Psychologique (sentiment d’intrusion, peur du placement, culpabilité), générant parfois un vécu de menace.
Une double m
ission : accompagner et rendre compte
Le travail éducatif doit donc s’inscrire dans cette ambivalence : accompagner, soutenir pour aider les parents à se réajuster, tout en rendant compte au JE de l’évolution de la situation.
Cette double mission « collaboration avec la famille et contrôle judiciaire » illustre la complexité de la posture des travailleurs sociaux en AEMO.
Pour l’éducateur, l’enjeu est d’accompagner une parentalité dans un cadre imposé tout en maintenant une relation non infantilisante, non stigmatisante et non jugeante. La formation clinique des équipes est essentielle afin de pouvoir et savoir dépasser ses présupposés, déjouer ses biais cognitifs, comprendre les différences culturelles ou religieuses qui influencent l’éducation, et respecter ainsi l’intégrité parentale sans outrepasser ses fonctions et missions.
Même dans un contexte contraint, l’éducateur recherche des zones de coopération :
Expliciter le cadre judiciaire pour limiter les malentendus,
Instaurer une confiance minimale, une transparence et une non-violence relationnelle.

Le défi du temps : prioriser le temps de l’enfant
Une autre contrainte majeure s’impose : le temps.
Il y a le temps judiciaire ; le temps nécessaire aux parents pour amorcer introspection, réflexion et réajustement ; et le temps de l’enfant, qui doit toujours primer.
Nous rencontrons régulièrement des enfants dont le développement se dégrade, non par manque d’amour mais par faute de conditions éducatives suffisantes.
Les équipes sont alors confrontées à des dilemmes douloureux : Notre intervention suffit-elle à préserver les besoins de l’enfant, ou devons-nous envisager son retrait du milieu familial, malgré l’impact d’une séparation ?
L’objectif n’est pas de « modeler » les parents, mais de renforcer leurs compétences intrinsèques. Or beaucoup atteignent leurs limites et ne parviennent plus à répondre à leurs devoirs parentaux. La finalité de notre action reste de restaurer une parentalité suffisamment protectrice et sécurisante, en soutenant l’autonomie des familles et la mise en place d’un réseau d’appui (familial, amical ou relevant du droit commun).
Lorsque nous parvenons à accepter de travailler dans l’ambivalence, faite de coopération, résistance, évitement ou confrontation, l’accompagnement peut ouvrir la voie à de réelles transformations.
Une question éthique face aux situations les plus dégradées
Cependant, la situation actuelle de la protection de l’enfance marque un tournant. Le manque de moyens financiers, humains et médicaux renforce notre sentiment d’impuissance face à des situations de plus en plus dégradées.
Dès lors, une question éthique demeure : Peut-on réellement accompagner certaines familles dans le cadre d’une mesure d’AEMO lorsque s’entremêlent violences, emprise, terreur, violences conjugales, climats incestuels ou incestueux ?
Ces formes de « dysparentalité » mettent les professionnels en difficulté, confrontés aux limites de leurs missions. L’AEMO, mesure civile et non pénale, ne permet pas toujours à l’enfant d’être reconnu comme victime, reconnaissance pourtant essentielle pour l’aider à se reconstruire et à s’appuyer sur des figures ressources fiables.
L’Assistance Éducative en Milieu Ouvert (AEMO) est une mesure ordonnée par un juge des enfants (JE) lorsque la santé, la sécurité ou l’éducation d’un mineur sont en danger.
Claire CHOPELIN Cheffe de service